En partant trois jours en Mongolie, je m’attendais à vous pondre au retour un croustillant article sur la manière de voyager des Chinois. En général, je pars seule ou entre Français, et je fais du vrai tourisme à la française : guide du Routard, endroits pittoresques, simulacre de contact avec l’habitant et auberge de jeunesse. De quoi calmer mes fantasmes d’intégration et de proximité avec les traditions.

Dans mon esprit, le voyage avec des Chinois, ça allait plutôt virer au parc d’attraction, avec photos et chevaux en plastiques.

Confirmation m’en a été faite au début du voyage en avion avec arrivée et accueil par les Chinois du coin. Ils nous déposent à l’hôtel dans leurs 4x4 sur-climatisés.

Dans la version solo de ce type de voyage, je sortirais à peine de mes 28h de train couchette, prête à attaquer le plan des horaires de bus dans le but d’atteindre une yourte quelconque où passer la nuit chez un semblant d’habitant local.

Mauvaise langue que je suis : je découvre avec étonnement qu’avant d’être un accessoire de mode pour Pékinois tape-à-l’œil, le 4x4 fut un jour inventé pour crapahuter en terrain difficile : la steppe, par exemple. Ça m’apprendra à râler par principe. Et que quand on est conduit par des Mongols nés dans la ville en question, ça permet de découvrir des endroits où je n’aurais jamais mis les pieds et d’être accueillie par les locaux sans passer pour une touriste. Et aussi, de ne pas avoir à payer la note qui me ramène à la réalité : MaRong, mais tu ES une touriste !

Je découvre aussi que quand on est un gros Han riche, on sait parfois descendre de voiture et admirer la vue, faire des commentaires sur la flore, ramasser des herbes sauvages et reconnaître les champignons.

Voyager avec les gens du coin, c'est aussi partager un repas typique qui aurait été fort différent si on m’avais demandé mon avis : langue d’agneau bouillie, sang de mouton cuit dans son estomac, côtelettes de chien, cœurs d’agneau pillés, intestins fourrés au foie, thé au beurre et au sel, bière, lamelles de chien bouilli, baijiu et deux rondelles de concombres.

Manque de bol, dans le cas du repas de mouton, ce n’est qu’une fois complètement repus de toutes ces victuailles qu’on vous apporte le reste de la bête. Jamais je n’en ai autant voulu à une épaule d’agneau d’être en retard à un repas.

Tout ça dans une jolie yourte dont les serveuses, sous leurs jolies robes traditionnelles, ne se cachent pas de préférer les Converse et les jeans. « La Mongolie Intérieure entre tradition et modernité. 5h. Dissertez ».

Evidemment, malgré cette ouverture inattendue, quelques ombres au tableau de mon voyage idéal : on ne peut pas faire l’éloge de l’incomparable odeur de thym et d’herbe que dégage la steppe et fumer trois paquets de cigarettes par jour. On ne peut pas louer l’environnement incroyable et pur de la grande prairie mongole et laisser ses poubelles/ clopes/ restes de nourriture/ papiers gras derrière soi en remontant dans son 4x4. On ne peut pas apprécier de croiser des animaux sauvages dans la prairie et hurler des chansons typiques en se biturant au baijiu quand on ne crie pas au téléphone. On ne peut pas apprécier qu’il fasse 23°C en Juillet à Hailar et mettre la clim’ en dessous de zéro quand on est en voiture. On ne peut pas se réclamer peuple-accueillant-et-chaleureux-mais-un-peu-avare-de-parole et pousser la générosité jusqu’à forcer ses invités à manger jusqu’à les rendre malades. Et trouver tout à fait normal que je finisse la soirée la tête dans les toilettes. Surtout quand les toilettes, c'est derrière le prochain arbre.

Le prochain arbre ? A 300 km sur votre gauche après le mouton, Mademoiselle.