14h28. Une semaine exactement après le séisme. Le bilan meurtrier, qui s'alourdit à chaque minute, est retransmis en direct et en permanence sur toutes les chaînes de télévision. Plus aucun autre programme n'est diffusé. Pas même le reportage de mon ami Andy, originaire de Chengdu et torturé par le fait de ne pas pouvoir être près de sa famille dans ce moment douloureux et tournant un reportage à Cannes sur le Festival. Reportage qui ne sera pas diffusé, lui donnant le sentiment d'autant plus cruel d'être inutile et de manquer à ses proches.

14h28. Je marche avec ma collègue Echo vers le bus de don du sang. Il paraît qu'il y a des besoins en AB ces derniers jours. Ce matin, elle a évoqué des parcours de personnes ensevelies qu'elle a entendu à la télévision. Comme celui de cette mère qui a protégé son bébé de quelques mois sous son corps, et se sentant mourir, lui a laissé dans ses langes un téléphone portable sur lequel elle lui laissait un message d'amour. Echo n'a pas terminé son histoire, elle s'est mise à pleurer. Elle essaie actuellement de convaincre son mari d'adopter un orphelin du Sichuan.

14h28. Devant le musée d'Art moderne, un artiste suisse peint une toile au profit des victimes du tremblement de terre. La Chine ne vibre plus que par cet événement. Ici, on est loin, on a pas de famille parmi les victimes, mais on voudrait aider. On se sent inutile, la catastrophe nous dégoûte, mais on ne peut pas agir.

14h28. Les 3 minutes de silence vont commencer. Une foule est réunie sur la passerelle qui surplombe le carrefour. Je me demande si c'est pour le recueillement.

14h28. Il y a dû avoir erreur de traduction. En chinois, il ne doit pas y avoir le mot silence, dans « 3 minutes de silence ». Peut être le mot klaxon. Ou plutôt klaxons.

Je m'étais déjà indignée contre le bruit ambiant et l'absence de recueillement aux enterrements. Voici les deux aspects réunis à cette heure-ci. 14h28 restera pour moi un des souvenirs les plus bruyants et les plus insolites.