Bon, une fois n'est pas coutume, un petit article bateau pour vous raconter ma vie (comment ça, je l'ai déjà fait?). Si, promis, ça a un peu rapport avec la Chine.

Comme chacun d'entre vous piaffe de curiosité pour savoir ce que je peux bien faire de mes journées pour un salaire pareil, je vais vous raconter mon job. Ça vous changera du vôtre, et comme je me sens frustrée à chaque fois que je résume ce que je fais en deux mots et en anglais lors d'une soirée à musique trop forte à l'oreille d'un péruvien peu intéressé qui posait la question par politesse, je décharge mon besoin de précisions sur vos yeux rêveurs -et votre main, tremblant sur la souris, de commenter cet article.

Il est un fait avéré que la Chine et la France sont deux pays différents. Jusque là, vous êtes d'accord. Il est également un fait avéré que la Chine pollue beaucoup, mais aussi qu'elle pollue différemment de nous, et surtout, qu'elle est vachement moins consciente que la France de son impact (comparaison empirique ne reposant sur rien de concret et opposant un Français moyen à un Chinois moyen).

Le Français moyen expatrié, désireux de s'intégrer et de ne pas se faire remarquer ici adopte automatiquement et dans la joie et l'allégresse, des réflexes chinois en matière d'environnement, abandonnant avec le sourire les principes élémentaires de bonne conduite environnementale qu'il avait intégré dans son pays d'origine.

Vous conviendrez avec moi que c'est un problème. Certes, le résoudre, même totalement, ne va pas régler le soucis majeur de pollution de la Chine. Mais bon, l'environnement c'est un gros problème, on l'attrape comme on peut, par ou on peut, et moi c'est par là.

J'interviens donc à ce stade de la crise, Tatatatan! (Les enfants portent des pyjamas Superman, Superman porte des pyjamas Chuck Norris, et Chuck Norris porte des pyjamas MaRong!). Je suis LA trouveuse de solutions. En vrai, c'est beaucoup moins glamour, parce qu'il faut que la solution soit réaliste (« comment ça vous ne voulez pas changer de banque, monter des panneaux solaires et installer des toilettes sèches dans l'entreprise dès demain?! ») et aussi que ça ne coûte pas un centime (« vous aimeriez bien vous débarrasser de vos produits chimiques sans les jeter dans le lavabo comme avant mais sans payer pour qu'une entreprise les enlève et sans vous déplacer... je vois... »).

Mes problèmes existentiels du moment sont donc les suivants: trouver un fournisseur chinois à Pékin de papier recyclé certifié FSC qui fait des ramettes de 70g/m² et qui soit fiable (j'ai trouvé tous les autres critères, mais pas le dernier...) ; trouver une voiture française ressemblant à la Xsara avec des émissions inférieures à 140g CO2/km à moins de 15000€ ; trouver une entreprise de retraitement de produits chimiques qui vienne à domicile prélever les déchets de mon client pour qu'il arrèèèèèèète de les jeter dans l'évier après ses manipulations ; faire monter les prix de toutes la matières premières en Chine, et surtout du pétrole et de l'eau, pour que mes clients aient enfin une motivation économique faute d'avoir une conscience. Pour le dernier point, je sais pas trop comment m'y prendre.

Je ne suis pas sûre qu'on puisse faire de l'audit dans des petites boites toute sa vie sans tomber en dépression. D'abord parce que vous êtes détesté par tout le monde comme étant celui qui vient donner des conseils sans rien connaître à la structure (surtout avec un visage pré-pubère comme le mien), ensuite parce que vous remettez en question toutes les petites habitudes prises par les employés (et que toucher aux habitudes, c'est un crime!) et surtout parce qu'après votre passage... tout le monde est bien content que vous soyez parti pour retourner tranquillement à ses petites habitudes. Non mais!